czwartek, 14 czerwca 2012

Louis XVIII à Varsovie

Varsovie en 1801. La capitale du Royaume de Pologne disparu il y a 6 ans des cartes de l'Europe, est condamnée à n'être qu'une ville prussienne de province. Abandonnée par les grandes familles nobles polonaises, elle devient une étape dans les pèlerinages des royalistes français qui ont dû quitter leur pays ravagé par les guerres et la terreur. Un groupe important donc s'y installe dont une partie accompagne un certain comte de Lille qui occupe tout le premier étage de l'hôtel Wasilewski. C'était à l'époque le plus grand hôtel particulier dans la rue Krakowskie Przedmieście. Il s'élevait à l'endroit où actuellement se trouve le Square Hoover et fut détruit en 1864, après l'échec de la dernière insurrection nationale contre les Russes, celle de Janvier.


Voilà ce que pouvait voir de son balcon le comte de Lille ou Louis Stanislas Xavier de France (tableau de Bernardo Bellotto dit Canaletto, peintre de cour du roi Stanislas August Poniatowski)

Devant le square on peut toujours admirer la statue de Notre Dame de Passau, érigée en 1683, que le comte de Lille regardait du haut de son balcon.



Malade de goutte, il y piétinait souvent quand la pluie s'approchait, observé de loin par les habitants des maisons entourant le Château Royal et les bonnes dames qui tenaient leur commerce devant la Grande Porte de Cracovie, l'une des entrées à la Vieille Ville de Varsovie. Mais il n’était pas seul à prévoir les changements du temps. Dans la rue Piwna, habitait un météorologue de profession, Antoni Magier qui faisait accrocher à la porte de sa maison les feuilles du papier avec les prévisions pour la journée. Le dossier qui est le résultat de son travail de 25 ans ( plus de 100 000 observations notées), reste aux archives de l’Institut de Météorologie de Varsovie et les experts s'en servent toujours en faisant des analyes de changements climatiques de long terme.
Si le comte de Lille voyageait incognito, tout le monde savait très bien qu'il était le frère du roi de France, Louis XVI, et donc petit-fils de Marie Leszczyński, qui à son tour aura reigné à partir de 1814 sous le nom de Louis XVIII. Menacé par les tribunaux révolutionnaires il fuit sa patrie, et du 4 mars 1801 jusqu'au 25 juillet 1804, sur l'invitation du roi de Prusse, il habitait Varsovie. D'abord à l'hôtel Wasilewski, au Palais Zamoyski (juste à côté) les années suivantes. Pour la saison estivale il déménageait au Parc de Łazienki, où on laissa à sa disposition une jolie villa appelée la Maison Blanche.

La Maison Blanche était la première villa construite dans le domaine de Łazienki pour le roi Poniatowski (entre 1774-1776)

C'était là que les émissaires de Napoléon I organisèrent un attentat contre le comte. Un restaurateur français nommé Coulon, endetté auprès d'eux, et ancien ami d'un des cuisiniers du comte, tenta d'empoisonner un plat réservé à celui-ci. Arrêté, il avoua tout mais la police prussienne étouffa l'affaire et Coulon, bouc émissaire, fut le seul à être condamné à 4 ans de prison. Écoeuré, le comte quitta bientôt la ville et se rendit à Mittau en Courlande.
Qui était celui qui leva la main contre le futur roi de France? Peut-être l'envoyé spécial de Fouché, le ministre de la police sous Napoléon, Jean-François Galon-Boyer, officiellement homme de lettres et représentant commercial à Varsovie, qui eut son siège dans la maison voisine à l'hôtel Wasilewski. Cependant certains historiens prétedent que l'affaire fut plutôt organisée par l'entourage du comte pour discréditer le milieu bonapartiste de Varsovie auprès des autorités prussiennes.
C'était probablement aussi à la Maison Blanche que, indigné de ce qui s'était passé en France, le comte de Lille rédigea sa protestation datée le 6 juin 1804, qui finit par ces mots: « Je déclare, en présence de tous les souverains, que loin de reconnoître le titre impérial que Bonaparte vient de se faire déférer par un corps qui n'a pas même d'existence légitime, je proteste et contre ce titre et contre tous les actes subséquens auxquels il pourroit donner lieu. »
Pendant son séjour à Varsovie, le futur roi de France fut accompagné, entre autre, par Marie Joséphine de Savoie, sa femme, Louise Adélaïde de Bourbon Condé, sa cousine, François Hue, ancien courtisan de Louis XVI, et son aumônier, Henri Esex Edgeworth de Firmont. La population française fut estimée par les autorités prussiennes à plus de 200 personnes. La plupart, pour gagner leur vie, travaillait comme précepteurs dans les maisons de riches Polonais. Le bruit courrait qu'un ancien officier de l'armée royale, Monsieur de Keralie, devint dentiste. Il arrachait les dents pourries sans se servir d'aucun instrument, juste avec ses doigts.
Mais il y en avait aussi qui étaient venus à Varsovie encore dans la deuxième moitié du XVIII siècle, sous le règne du dernier roi polonais, Stanislas Auguste Poniatowski, et qui y firent carrière. Tel était le cas de la famille des banquiers Riaucourt, du docteur Dubois, ou des apothicaires Rouget et Guidal.
Si le comte de Lille, érudit et grand connaisseur de la littérature grecque et latine, préférait rester chez lui et ne se rendait jamais en ville, sa femme aimait passer les soirées au théâtre tenu par Monsieur Fourèze, qui se trouvait au premier étage du Palais Radziwiłł (Palais Présidentiel actuellement). Elle n'avait aucun problème à suivre et comprendre les pièces car les acteurs étaient ses compatriotes et les pièces étaient /crites par les auteurs français (une d'elle fut même d'actualité varsovienne; son titre était « Les trois carottes » et elle racontait l'affaire du complot contre le comte). Un soir, la future reine de France voulut montrer un geste d'amitié aux Varsoviens et assista au spectacle dans le théâtre polonais, place Krasińskich. L'idée n'était pas bonne, car les jeunes patriotes polonais, plutôt républicains que royalistes, firent jouer par l'orchestre du théâtre le chant de l'Armée du Rhin,  autrement appelée « La Marseillaise ». Ce fut donc la première et dernière fois que Marie-Joséphine mit pied dans le siège du Théâtre National.

PS. à tous ceux qui connaissent la langue polonaise!
Les plupart de ces Français étaient connus des Varsoviens qui avaient cependant du mal à retenir leurs noms étrangers. Il en résulta que la plupart furent connus sous leurs patronymes polonisés. Ainsi, Nicolas Chopin, le père de notre plus grand compositeur, qui passa toute sa vie adulte en Pologne, devint Mikołaj Szopen. Le comte d'Angoulême devint Danguleń, Mlle d'Auberval – panna Oberwał, et la région de Périgord - Piergóra. De leur côté, la plupart des Français qui n'avaient aucune motivation pour apprendre la langue polonaise, appelaient le parc de Łazienki... « La Jonquille ».
En vous servant des noms sous leur forme polonisée, essayez de retrouver les vrais noms des courtisans français séjournant à Varsovie:
  1. Dziger
  2. Bołdok
  3. Fiżan
  4. Szuzyl
  5. Danguleń
  6. Siubyś
  7. Buszurdan
  8. Fruła
  9. Otwor
  10. Lakruła
Lacroix

Soubise

Filsjean

Fleury

Choiseul

D’Angoulême

Diguere

Baudelocque

Boisjourdain

Hautefort

 

6 komentarzy:

  1. Brawo!
    Przypadkiem wpadlam na Pana blog.Super!
    Excellent texte et très intéressant .
    Je vais suivre
    Dorota

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  2. No i dałem ciała. Pierwszy komentarz a ja nawet go nie dostrzegłem. :-(
    No tak... Okazało się, że nie włączyłem funkcji powiadamiania o opublikowanych komentarzach...
    Ale teraz: "je jure, même si c'est un peu tard qu'on ne me prendrai plus"
    Dziękuję Doroto za miłe słowa!!!

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  3. Bonjour,
    Votre blog sur Louis XVIII à Varsovie est vraiment la bienvenue pour moi. Grand merci. En effet, je termine de rédiger un article sur Wikipedia, concernant une certaine "Françoise Sainte Croix Lacroix" dont la mère serait Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI. (voir sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Sainte_Croix_Lacroix )
    Celle-ci, après sa "libération" de la prison du Temple à Paris et son passage à la cour de l'empereur d'Autriche, rejoignit son oncle Louis XVIII. Elle devint par mariage la duchesse d'Angoulême. Elle fut contrainte par la suite de suivre son oncle, en particulier à Varsovie en 1801-1804.
    Votre blog m'est précieux, car il me permet de situer les différents lieux habités la cour de Louis XVIII.
    À la fin du 4ème paragraphe vous écrivez : "D'abord à l'hôtel Wasilewski, au Palais Zamoyski (juste à côté) les années suivantes. Pour la saison estivale il déménageait au Parc de Łazienki, où on laissa à sa disposition une jolie villa appelée la Maison Blanche."
    Ainsi, grâce à vous, je situe le premier lieu d'hébergement, l'hôtel Wasilewski, sur l'emplacement du square actuel Hoover. (Quelle serait la source de cette information?)
    Par la suite la cour royale française occupa, l'hiver, le palais Zamoiski "juste à côté", écrivez-vous. Pourriez-vous être plus précis? Existerait-il des plans d'époque les situant? Serait-il possible d'en avoir une numérisation?
    Avec tous mes compliments pour ce blog que vous avez publié, accompagnés de mes bien cordiales salutations
    Pierre Grosjean

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  4. Post-Scriptum :
    Sous : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5904117h/f1.item.zoom
    se trouve un plan de Varsovie de 1768. Je n'y trouve qu'une mention du comte Zamoisky sous le n°42. Pourriez-vous m'aider à repérer où se trouvaient en 1801, le château Wasilewski, la Maison Blanche (du parc Lazinski) et le palais Zamoiski, habités par Louis XVIII entre 1801 et 1804?
    Merci.
    Pierre Grosjean

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  5. P.S; n°2 :
    Voir aussi ce plan de 1822 :
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8446438v/f1.item.zoom

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  6. A ja bym poprosiła o źródła do tego planowanego zamachu na hrabiego Prowansji w Warszawie. W dość dowolnym języku ;)

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