niedziela, 17 czerwca 2012

Autour du Château royal de Varsovie

Vers 1960, je venais souvent avec mon père sur la place du Château. Pour un gamin de 6 ans elle paraissait énorme, car s'étalant des hôtels particuliers de la Vieille Ville jusqu'à l'escarpement descendant vers la Vistule. Seul un tout petit fragment de mur brisait la monotonie de la « terrasse » aménagée là où jusqu'au 1944 se trouvait le Château Royal. Détruit par les Allemands, le bâtiment n'a été reconstruit qu'en 1974, et le Musée qui s'y trouve n'ouvrit ses portes qu'en 1981.



La place telle que nous la connaissons depuis 1974 existe depuis environ 200 ans. En 1821 Jakub Kubicki, l'architecte principal auprès du gouvernement du Royaume de Pologne, a fait détruire une partie des remparts avec la grande porte dite « Brama Krakowska », ainsi que le mur séparant le château de la ville. Cela a découvert la façade de la partie ouest du château, construite au début du XVII siècle par le roi Sigismund III Vasa. Cet agrandissement du château était nécessaire vu qu'il devenait la résidence principale du roi qui pour toujours avait quitté le château de Wawel à Cracovie.
Avant les travaux de Kubicki, on ne voyait au dessus du mur que le haute de la façade ainsi que la grande tour avec une horloge au-dessous de laquelle se trouvait la porte principale donnant accès à la cour intérieure. C'est par là qu'entraient les carrosses de grands nobles invités des rois.
Au premier plan de la photo, on remarque le pont en brique datant du XV siècle, construit donc au même temps que la première ligne des remparts. C'est juste derrière ce pont que se trouvait la « Brama Krakowska ». On l'appelait aussi «  la Porte des Courtisans » car c'était eux qui étaient chargés de la défendre au cas d'une attaque.
La porte dite Grodzka (« municipale ») nous signale que nous sommes devant la partie du château où, au rez-de-chaussée, à gauche de la porte, étaient situés les offices municipaux. Il ne faut pas aussi oublier que le château, contrairement à ce qu'on pourrait s'imaginer vu son nom, n'appartenait pas au roi. Il était la propriété de la République des Nobles (Rzeczpospolita Szlachecka). D'où la présence des sièges du Sénat et de la Diète (parlement) polonais, ainsi que des offices qui en faisaient parties. Les rois n'occupaient qu'une partie du château.
Remarque : À cette époque-là seuls les représentants de la Diète étaient élus par les nobles. On devenait membre du Sénat d’une façon automatique ayant été nommé par le roi un châtelain, un voïvode, un maréchal ou un évêque.
Au XVII siècle, le roi Władysław IV, fils de Sigismund III, à l'occasion de ses noces, a fait construire une salle de théâtre qui est considérée par les experts comme la première salle de théâtre permanent en Pologne. Avant, les spectacles n’étaient joués que dans des salles aménagées juste pour une ou deux représentations. Le théâtre royal occupait les trois quarts de cette aile. Les coulisses étaient munies de tous les mécanismes ultramodernes dont on se servait dans les théâtres italiens et français de l'époque.

C’est dommage que devant le bâtiment on ne voit plus le dernier vestige du viaduc Panzer, un énorme panneau en fer avec une inscription en deux langues : polonaise et russe. L'emploi de celui-ci nous rappellait qu’une grande partie la Pologne au XIX siècle faisait partie de l'empire russe. Le viaduc depuis 1844 reliait la rue Krakowskie Przedmieście et la Vieille Ville avec les bords de la Vistule, et depuis 1864 permettait l'accès au premier pont en fer à Varsovie, celui construit par l’ingénieur Kierbedź. Le viaduc, endommagé par les Allemands en 1944 (ils firent dinamiter tous les ponts à Varsovie le 13 septembre), a été détruit lors de la construction de la Voie W-Z (Trasa W-Z).
Deux anciens troncs en marbre couchés sur l'herbe devant la porte servent d'indices permettant aux touristes de répondre à la question : combien de fois a été restaurée la colonne du roi Sigismund III dominant la place depuis 1644 étant donc le plus ancien monument laïc en Pologne.

À droite de la porte, il y avait la tombe provisoire du dernier directeur du Château en 1939, Kazimierz Brokl, mort le 17 septembre, le jour appelé « le dimanche noir » pour le Château. C'est ce jour-là que les bombes allemandes ont détruit la plus belle salle dite des Bals, et ont incendié la tour de Sigismund. Le même dimanche les aiguilles de l'horloge de la tour se sont arrêtées à 11 h 15. Depuis, c'était une heure symbolique pour tous les Polonais de la génération de la II Guerre Mondiale.



Maintenant, à cette heure-là vous pouvez entendre la fanfare  jouée de la trompette à la fenêtre au-dessous de l’horloge, écrite exprès pour le Château par le compositeur Zbigniew Bagiński. Elle est repétée trois fois pour souligner trois devises patriotiques polonaises: Dieu, Honneur, Patrie.


Il suffit de se retourner un peu vers la rivière pour admirer la plus ancienne partie du château, la tour dite « Grodzka ». Elle était la première à être bâtie en pierre et en brique, à l'époque des princes de Mazovie, au XIV siècle (n'oublions pas que jusqu'au 1526 la Mazovie était une principauté indépendante, gouvernée par les princes de la dynastie des Piasts). Entourée de bâtiments en bois, elle fournissait un abri au prince, à sa famille, à son trésor, à ses plus proches courtisans et à ses... prisonniers, vu que la partie la plus basse était une prison.


En descendant vers la Vistule, nous voilà devant le Palais Pod Blachą (Sous Tôle). Le nom vient de son toit en cuivre qui dans la deuxième partie du XVIII siècle n'était pas une chose commune. Construit pour la famille Lubomirski, il a été acheté en 1777 par le dernier roi de Pologne Stanisław August Poniatowski, et offert en 1794 à un de ses neveux, le prince Józef Poniatowski, futur maréchal de France pendant le Premier Empire. Sous l'administration prussienne, entre 1796 et 1806, après le troisième partage de la Pologne, il était un lieu de rencontre de la jeunesse mondaine, francophone, opposée aux traditionalistes et patriotes polonais. On parlait beaucoup, à cette époque, des bagarres entre les publics des théâtres polonais et français.
Au-dessus de l'aile norde du palais s'élève un étroit et long immeuble de la bibliothèque construite au début des années 1780 par Domenico Merlini pour abriter une grande collection de livres (plus de 16 000 exemplaires) appartenant au roi Stanisław August.

La partie du château donnant sur la Vistule est la partie la plus ancienne, après la Tour Grodzka, mais sa belle façade rococo ne date que du début du XVIII siècle. Elle est le seul élément réalisé d'un grand projet conçu pour le roi August III Saxe. Vers la fin du même siècle et au début du XIX, une rue coupait les jardins du château en deux parties : la partie haute, située juste devant le bâtiment et la partie basse, plus proche de la rivière. La rue, très importante pour le transport du nord au sud de la ville, ne pouvait pas être liquidée, et finalement elle a été couverte par l’architecte Jakub Kubicki d'une terrasse avec des escaliers permettant une communication libre entre les deux parties du jardin. Après l'échec de l'Insurrection de Novembre en 1831, et après la suspension de la Constitution et des libertés des Polonais, les arcades sont devenues l’écurie des troupes de soldats cosaques qui servaient à la pacification des manifestations patriotiques de la population de Varsovie.

En contournant le bâtiment et les anciens jardins du château, nous sommes descendus de l'escarpement dominant la Vistule. Pour revenir à la place du Château du côté nord, nous devons monter sur « La colline des Immondices », l'endroit actuellement très pittoresque, offrant une belle panorama de la rive droite, formé par les immondices de la ville jetées ici, derrière les remparts, pendant des siècles. Il n’est donc pas étonnant que les rois fuyaient le Château, situé juste à côté, pour la saison estivale et cherchaient de l’aire pur dans leurs résidences d’été à Wilanów ou à Łazienki. De par ce caractère c'était un lieu idéal pour les fouilles archéologiques qui ont effectivement eu lieu dans les années 1930. Des centaines d'années n'ont pas suffi à tout décomposer. Les témoignages existent prétendant que des parfums nauséabonds se dégageaient toujours quand on découvrait les couches successives de terre.


Dès la fin du XVII siècle les remparts de Varsovie ne jouaient plus leur rôle protecteur. On ne les démolit cependant pas. Ils servaient de fondations ou de murs exterieurs pour les maisons qu'on commença à construire autour. Les couches basses des maisons construites sur la Colline sont donc de vrais vestiges des anciens remparts du côté de la rivière.


Nous prenons une ruelle dont les maisons, peintes à plusieurs couleurs, me font penser à la pittoresque rue des Alchémistes que j’ai pu admirer à Prague, en République tchèque. Tournons à gauche dans la rue Jezuicka et nous voilà sur la Place Kanonia, juste derrière la Cathédrale de Sait Jean, la plus ancienne église de Varsovie. Jusqu'à la fin du XVIII siècle on enterrait ici, dans des tombes collectives, des habitants de la vieille Varsovie. Le seul vestige du plus ancien cimetière varsovien est la statue de Notre Dame placée contre le mur du presbytère de la cathédrale.
Au dessus des deux « portes » du côté du château, il y a un couloir reliant le siège royal avec la cathédrale. Initialement en bois, il a été refait en brique après le 15 novembre 1620 quand Maciej Piekarski, un malade mental protestant, a voulu tuer le roi ultra catholique qu'était Sigismund III. Le roi n’a été que légèrement blessé, mais le régicide manqué était jugé et condamné à tortures publiques sur la Place du Marché. Démembré, il a été brûlé vif et ses cendres ont été ensuite envoyées aux quatre vents par un coup de canon.

Prenez le passage vers le Château. Initiallement il y avait ici des bâtiments en bois où habitaient les princesses de Mazovie d’abord et les reines polonaises ensuite, avec leurs courtisanes. Dans la deuxième moitié du XVIII siècle, dans le nouveau bâtiment en brique habitait le peintre italien, Marcello Bacciarelli, ami du roi Poniatowski et auteur de nombreux tableaux qu'on peut toujours admirer dans le Musée du Château. Près de son appartement, il avait un atelier qui était une sorte d'école de peinture. Elle devait être changée en académie des beaux arts, mais les problèmes financiers ont entravé ces ambitieux projets du roi.
Pendant la II Guerre Mondiale, on produisait ici, dans des caves, juste à côté des Allemands occupant le Château, les armes pour l'Armée de l'Intérieur (Armia Krajowa), notamment la version polonaise d’une mitraillette britannique STEN (voir le panneau au mur du bâtiment).

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